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Ina RANSON

La Caisse Solidaire du Nord - Pas de Calais : une initiative citoyenne et régionale

La région Nord-Pas de Calais est marquée par un taux de chômage particulièrement important : 16 pour cent en 1997 (3 pour cent de plus que le taux moyen en France). Confrontée à une fragilisation du tissu économique et à ses répercussions dans la vie sociale, la région s’est engagée à soutenir l’initiative d’une Caisse Solidaire, société financière nouvelle destinée à intervenir en prêts pour des projets de création d’entreprises. C’est la première fois en France qu’une région prend une participation dans un établissement de crédit.

Une coopération exemplaire entre instances politiques, économiques et associatives

L’inauguration de la Caisse Solidaire du Nord a eu lieu à Roubaix, le 14 octobre 1997. La création de cette institution de crédit régie par la loi bancaire a été possible grâce à un montage complexe où des institutions très importantes côtoient des petites structures associatives. Les actionnaires se répartissent en trois collèges :

- les politiques (la Région, avec 5 millions de F)

- les organismes financiers et économiques (notamment le Groupe Crédit Coopératif avec 2,5 millions de francs, la Caisse des Dépôts avec deux millions de F, Autonomie et Solidarité - une société de capital risque régionale à forme coopérative… bientôt aussi le Crédit Agricole du Nord et du Pas de Calais.

- la société civile : divers organismes régionaux et une quinzaine d’associations dont l’apport financier est plutôt modeste.

Le statut de coopérative garantit un équilibre entre ces composantes : les nombreux petits actionnaires de la société civile disposent d’une majorité des voix, tandis que les organismes financiers et politique n’en totalisent que 49 pour cent.

La Caisse Solidaire est le fruit de longues années d’efforts et de négociation, en premier lieu du porteur de l’idée, Christian Tytgat qui y a mis tout son savoir faire acquis dans le domaine de l’économie solidaire. L’idée a pu se réaliser grâce à un consensus rare : le comité de parrainage réunit des représentants de tous les syndicats et partis (à l’exception du Front National), ainsi que des patrons d’entreprises, des intellectuels, des mouvements sociaux…

L’objectif : 250 à 300 nouveaux emplois par an

L’épargne de la Caisse est exclusivement destinée aux créateurs d’entreprises dans la région. En général, les projets sont présentés par un organisme de conseil à la création d’emploi. Pour les examiner, l’équipe de la Caisse s’appuie sur ces réseaux d’aide et de Conseil. « Pour notre instruction du dossier, nous attachons une grande importance à la personne du porteur du projet », souligne Maurice Gaudiot, membre de l’équipe de la Caisse et ancien banquier. « Il faut aussi que l’activité entre dans l’éthique de la Caisse : nous finançons des projets socialement utiles qui préservent l’environnement, respectent l’Homme et ne sont pas destructeurs de richesses par ailleurs. »

En deux mois de travail, dix projets ont déjà été validés et une cinquantaine attend d’être traité - beaucoup de travail pour une petite équipe de cinq personnes ! Parmi les dossiers accordés ou en attente : la fondation d’une petite PMI de fabrication de pâtisseries orientales par de jeunes beurs, le projet d’une régie de quartier qui veut se lancer dans la récupération d’habits, l’établissement des petits commerces de quartier : une boulangerie, un bar, une boutique de vidéo… La fourchette d’intervention se situe pour l’instant entre 30 000 et 150 000 F, le dossier moyen à 100 000 F.

La Caisse intervient dans les secteurs des services et de l’artisanat voire de l’industrie. Un deuxième volet est le soutien de l’agriculture biologique, du tourisme vert et du développement en milieu rural, un troisième le soutien des associations qui luttent contre l’exclusion et pour la promotion du travail des jeunes, en particulier dans les quartiers difficiles. Les petites entreprises financées par la Caisse emploient en général 2 à 3 personnes.

« Les entreprises qu’on finance offrent en principe deux à trois emplois. Notre objectif est d’abord modeste : 200 entreprises dans trois ans, donc à peu près 500 emplois. »

La Caisse a un rôle indispensable et complémentaire

La plupart des porteurs de projets n’ont pu obtenir de crédit auprès des banques ordinaires. « Les banques se désintéressent de plus en plus de ce type de financement qui est par nature risqué. Les contraintes de rentabilité sont telles qu’elles prennent même rarement la peine d’étudier des dossiers peu importants. Il arrive couramment que même de bons projets sont refusés. »

De plus en plus d’épargnants veulent avoir un mot à dire sur l’utilisation de leur argent. A la Caisse Solidaire, le client peut choisir le secteur dans lequel investir. Son épargne est garantie. Il rapporte moins que sur un livret classique : 0 à 2,5 pour cent selon le choix - mais le propriétaire du livret est régulièrement informé de l’utilisation de son argent. La durée de placement est de deux ans.

Prévisions

« Dans trois ans, nous devrons avoir recueilli 50 millions d’épargne. Ce n’est pas gagné d’avance ! La création d’entreprises est risquée : près de la moitié de jeunes entreprises dépose le bilan au bout de cinq ans. Nous avons prévu qu’un tiers de prêts ne nous sera pas remboursé. »

Après deux mois, le bilan est plutôt encourageant. 60 pour cent des épargnants (des personnes physiques) ont choisi l’option de 0 pour cent d’intérêts. La première centaine de clients comprend des personnes physiques et une dizaine de personnes morales dont une mutuelle qui a souscrit un million et demi de francs. L’équipe est optimiste, tout en prévoyant qu’il faudra attendre trois ans avant de faire un petit excédent de bénéfices. De toute évidence, la Caisse Solidaire remplit une fonction indispensable.

Références

Entretien avec Maurice GAUDIOT
CONTACT : Caisse Solidaire, 15 Grand’Rue, 59100 ROUBAIX, Tél. : 03 20 81 99 70, Fax : 03 20 81 99 71

Date de rédaction : 1998

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