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Tous urbains n°4, janvier 2014

Histoires de bonnets…

Après les bonnets rouges, voici les bonnets verts. Contre l’écotaxe pour les premiers, contre l’augmentation des taxes sur les transports publics pour les seconds. Mais ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet, loin s’en faut. Ces mouvements sont bien contrastés, et nous ramènent à nos paradoxes contemporains.
Olivier Mongin nous l’explique bien : les flux jouent aujourd’hui un rôle primordial dans la compréhension des territoires. Immatériels, ils configurent pourtant notre monde physique, en déterminent les séparations, les liens, les équilibres et les écarts. Or, pour ces deux couleurs de bonnets, c’est bien de flux dont il s’agit. Flux de marchandises, flux d’habitants, mais aussi flux financiers, par les taxes prélevées. Tout cela pas si abstrait que cela, ce que révèle les mobilisations sociales.
On entend moins parler des bonnets verts que des bonnets rouges. Ceux qui défendent la stabilité du coût des transports publics semblent plus civils que ceux qui s’opposent à la taxation des transports routiers. Personne n’a encore incendié de tourniquet de métro ou de guichet SNCF… C’est étrange non ?
De colloque en séminaire, de discours en promesses, de chartes en cahier des charges, voilà maintenant dix ans qu’il est fort difficile d’échapper au durable. Le monde sera soutenable ou ne sera pas, les transports écologiques ou nous mourrons tous asphyxiés –comme le confirment, après des années de latence mais de manière unanime, les récentes études internationales sur les effets de la pollution, notamment automobile, sur la mortalité. Tout va changer. Nous allons vers des métropoles vertes, à l’image de Nantes, de Lille et de toutes les autres qui en désirent le label de manière quasi frénétique, de plaquettes en expo, de déclarations en prospectives hardies, de PADD volontaristes en PDU enthousiastes [1].
Las ! Du calme. Comme l’explique très bien un article du Monde du samedi 16 novembre dernier, les régies de transports vont réduire en 2014 leurs investissement et leur projets de modernisation du service public ; ceci afin de ne pas répercuter immédiatement la hausse de trois points de TVA décidée il y a un an et applicable en janvier 2014, et ne pas porter ainsi de 3% à 6% l’augmentation du tarif des transports ; ceci peu après que le précédent gouvernement a déjà augmenté de 5,5 à 7% cette TVA, soit un écart de cinq points en trois ans. Moins de modernisation, moins de qualité, pour un service pourtant insuffisant. Notre Premier Ministre a récemment déclaré que la croissance a toutes ses chances grâce à l’écrêtage de l’inflation. Accordons lui la sincérité. Mais ce lissage ne doit rien à cette taxation supplémentaire ! Certes, ultralibéralisme oblige, les dits transports sont de moins en moins publics, et de plus en plus concédés. Ce sont aussi des entreprises de droit privé qui sont taxées. Cela ne rend pas leur service moins indispensable pour tous les concitoyens dont le coût de l’énergie « fossile » et des automobiles - mais aussi l’urbanisme extensif qui a démultiplié les distances parcourues - ont augmenté le budget de déplacements. Cette hausse ne touchera qu’à la marge les populations favorisées des centres métropolitains, qui n’en sont pas à quelques centaines d’euros pour leurs week-end en Lubéron ou leurs vacances en Haute-Savoie. Elle est par contre directement imputée sur le budget mensuel de ceux qui doivent, pour travailler et vivre, emprunter les transports en commun. Ce surcoût deviendra clairement insupportable lorsqu’une grande partie d’entre eux, qui se déplace aujourd’hui encore en voiture pour des raisons de commodité, devra faire face à l’augmentation des coûts du combustible. D’ici là, il est peu probable que les syndicats de transports, mal encouragés par cette nouvelle taxation, aient pu investir pour anticiper et faire face à ce défi.
Le Bourget n’est pas seulement un aéroport, gourmand en kérosène. On se souvient des discours qui laissaient naguère entrevoir une alternative politique. Désormais, on laisse filer là les camions, on taxe ici les trains, bus, les TER et les trams. On se dit, il doit y avoir méprise, quelque part une faille, quelque chose qui nous n’avons pas compris. C’est une indulgence excessive. Pas à pas, de décision en décision, c’est l’horizon d’une autre croissance, d’un autre paradigme qui s’éloigne. On croyait que la politique, c’était l’art du débat, et l’art de faire des choix. Le poids des lobbys, la force de la doctrine néolibérale, la déliquescence de la dialectique démocratique doivent être bien vifs pour que l’on parvienne à de telles contradictions. Ceci au détriment des indispensables enjeux écologiques, et de ceux qui ont le moins de moyens et d’accès à la mobilité, contre l’égalité des Territoires : ceux qui avaient peu pour investir en auront moins encore. Urbaniste, on est atterré. Du développement soutenable, au delà des ritournelles, on pressent les échos du sinistre requiem…

document(s)

[1PADD : Plan d’Aménagement et de Développement Durable, le volet projet du Plan Local d’Urbanisme / PDU : Plan de déplacements Urbains, à travers lequel une agglomération fixe sa stratégie en terme de mobilité.

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