cités
territoires
gouvernance
Pour une transition vers des territoires et des sociétés durables

Recherchez dans l'ensemble des documents de la Coredem
Index : Auteur -  Collections - Actualité - Pays et région - Ville - Thématique

Accueil > Histoire et dynamiques des territoires

Histoire et dynamiques des territoires

Avant la révolution industrielle et la constitution d’économies nationales intégrées, l’évolution des sociétés devait beaucoup à l’évolution propre des territoires et villes. Les villes étaient par excellence les lieux d’innovation. Le commerce international était structuré par des réseaux de villes. Le système bancaire disposait de comptoirs dans des grandes villes. Les dépendances mutuelles entre les villes et leur hinterland conduisaient à des dynamismes conjoints. Villes et territoires, en fonction des savoirs faire, des capitaux et des systèmes de relation dont ils disposaient parvenaient ou non à tirer parti de leurs richesses naturelles ou de leur position géographique pour créer de la valeur ajoutée.

Au vingtième siècle, l’attention s’est déplacée vers les Etats et les économies nationales. Chaque ville ou territoire a dès lors été plutôt considéré par sa place dans ces systèmes nationaux, point d’application de dynamiques qui lui étaient exogènes, plutôt que siège autonome de ces dynamiques. Chaque ville, chaque territoire vient prendre une place dans un réseau hiérarchisé en fonction de la localisation de services administratifs, d’enseignement, de santé, de recherche, redistribués par l’Etat sur le territoire. L’économie régionale s’en est trouvée appauvrie et parfois réduite à l’addition de statistiques sectorielles.

Parler de dynamique des territoires, c’est vouloir dépasser cette approche simpliste et comprendre comment chaque communauté humaine utilise ses ressources naturelles ou humaines pour créer son propre dynamisme. Au lieu de considérer prioritairement les facteurs exogènes à cette communauté humaine, on s’intéresse aux facteurs endogènes. En particulier, dans les situations de crise, on s’intéresse à la résilience de ces communautés humaines, c’est-à-dire à leur capacité à rebondir et à rechercher de nouveaux moteurs de développement.

Au vingtième et unième siècle, dans un système mondialisé où les économies nationales ont perdu de leur autonomie et de leur cohérence, le développement est souvent polarisé : ce sont des régions ou des villes qui sont les pôles de dynamisme, entrainant éventuellement les régions voisines dans leur sillage, plutôt que des ensembles nationaux qui évoluent au même rythme. D’où l’importance de comprendre les ressorts profonds des dynamiques territoriales.

On connaît assez bien aujourd’hui le développement spécifique des villes et des territoires, dans leurs rapports avec la valorisation des richesses naturelles, dans leur participation à l’organisation des flux commerciaux, dans leurs spécialisations artisanales et manufacturières. On connaît le rôle décisif des villes dans l’organisation du grand commerce, avec des comptoirs de marchandises ou des comptoirs bancaires, leur rôle d’attraction de la rente foncière tirée du territoire agricole environnant, la place des dynasties marchandes et industrielles locales dans la mobilisation des capitaux nécessaires pour le commerce au long cours et pour le développement des industries.

Mais au vingtième siècle l’attention s’est déplacée vers les dynamismes nationaux. Le développement industriel a associé l’évolution des territoires aux ressources du sous-sol. Le financement du développement lui-même a impliqué la mobilisation de capitaux à l’échelle nationale et internationale. Avec l’émergence de grandes entreprises nationales puis transnationales, l’avenir des territoires a semblé dépendre de la stratégie de ces grandes entreprises plutôt que du dynamisme propre des élites locales. D’où le moindre intérêt porté aux dynamiques locales de développement. Etats et entreprises semblaient aux manettes et le territoire devenait l’espace de déploiement de leurs stratégies, invité à faire valoir ses éléments d’attractivité -qualité des infrastructures, de la main d’œuvre, des services- plutôt qu’à développer des dynamiques propres, endogènes de développement. Puis, au fur et à mesure que le taux d’encadrement des activités économiques et administratives a augmenté et que le développement économique a dépendu autant et plus de la mobilisation des connaissances que de l’existence sur place de matières premières, l’enjeu, pour les villes et territoires, de l’attraction de cadres par la qualité de la vie et celle des services, s’est trouvé prendre de l’importance.

A la fin du XXe siècle et au début du XXIe, on observe donc un renouveau des approches territorialisées du développement. Les ressources naturelles disponibles sont loin d’être le facteur explicatif déterminant de la prospérité, ni au niveau des Etats, ni au niveau des villes. D’où l’attention renouvelée portée aux déterminants endogènes du développement, aux interactions positives qui peuvent exister entre activités pour créer un « milieu porteur ». Les cas de la Silicon Valley en Californie, de la Catalogne, de Sao Paulo, de Shanghai ou à plus petite échelle des districts industriels d’Emilie Romagne en Italie ont montré comment, à partir d’impulsions nationales initiales (la commande militaire, par exemple, pour la Silicon Valley) ou d’atouts géographiques initiaux (comme dans le cas de la Catalogne) un milieu local porteur peut jouer un rôle décisif dans l’évolution des villes et territoires. A contrario, la perte d’importance des grandes branches d’activité de la première révolution industrielle du XIXe et XXe siècle - textile, mine, sidérurgie, métallurgie, mécanique – a provoqué l’effondrement des régions industrielles qui avaient été les pôles de développement de la période précédente. Mais la capacité de ces villes et régions à rebondir dépend dans une large mesure de l’existence sur place d’élites locales associant leur destin à celui de la communauté dans laquelle ils sont enracinés.

Au fur et à mesure que se développe une économie de la connaissance, fondée sur la mobilisation ou la combinaison de savoirs et de savoirs faire plutôt que sur la valorisation de facteurs physiques de production, la compétitivité des territoires dans l’attraction de capitaux et d’entreprises ou la capacité endogène de ces territoires à faire naître des activités d’avenir reprend une place prééminente. Le développement mondial lui-même inscrit les villes et territoires sur un échiquier à l’échelle de la planète. C’est par exemple la région du Guandong en Chine devenue « usine du monde », ou la City à Londres, pôle d’organisation de la finance mondiale, ou de cités Etat comme Hong Kong ou Singapour plate-forme logistique entre Asie et Occident. Ce ne sont là que des exemples d’une transformation du monde dans laquelle les réseaux de villes sont appelés à jouer un rôle aussi déterminant que les entreprises et multinationales dans la structuration de l’économie mondiale.

Ces évolutions appellent un renouvellement profond des disciplines permettant d’aborder ces phénomènes – économie urbaine, sociologie urbaine, étude des réseaux -, une approche nouvelle du croisement entre territoires et filières globales de production dans lesquelles ils sont insérés, le renouveau de monographies permettant de comprendre comment les différents acteurs de développement se combinent, se renforcent ou se neutralisent à l’échelle de chaque territoire.

document(s)

[1Le Galès P., 2003, Les villes européennes, Presses de Sce Po.

Recherchez dans l'ensemble des documents de la Coredem
Index : Auteur -  Collections - Actualité - Pays et région - Ville - Thématique