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« Espaces autres » et fragmentations urbaines

Espaces publics et espaces autres

Dans un texte d’envergure datant de 1967 et désormais célèbre, Foucault décrit les « espaces autres », ces lieux dont nous croyons qu’ils sont soumis à des règles de fonctionnement différentes, aliènes, anormales. Ces endroits sont ainsi pensés comme étant habités par des êtres tellement différents qu’on a parfois peine à leur reconnaître pleinement leur caractère d’humains : comme sur les cartes du moyen âge, on pourrait inscrire en légende la formule « hic sunt leones ».

Pourtant, la réalité des phénomènes urbains est bien plus complexe que celle décrite par une carte géographique, et si elle n’est pas comprise dans ses diversités, elle risque d’exploser dans sa charge de contradictions. Il nous semble donc essentiel de proposer un regard nouveau sur ces phénomènes urbains, souvent trop chargés de symbolisme et préjugés, en observant et analysant tant leur banalité que leur complexité.

Bien sûr, un tel dossier, même s’il n’est pas exclusivement destiné à un public francophone, ne peut ignorer l’un des phénomènes les plus bruyants dans les questions de gouvernance et de citoyenneté urbaine : la fameuse « crise » des banlieues françaises. L’idée est de considérer ces événements non plus comme une « crise » mais comme l’émergence d’un problème, et donc comme un indice précieux pour l’analyse d’un tel enjeu et la recherche de solutions. Dans un premier temps, on se penchera sur les événements de 2005, afin d’en retracer l’aspect de « contestation politique ». Par la suite, on se concentrera sur les « banlieues au quotidien », c’est-à-dire en tant qu’espaces de vie et de « routine » ; en particulier on cherchera à mettre en évidence la façon dont les ghettos se construisent de « l’intérieur » aussi bien que de « l’extérieur ».

A y regarder de plus près, on se rend compte que ces espaces considérés comme aliénés ne sont généralement pas exempts de relations humaines, bien au contraire. Il n’est d’ailleurs pas inutile de faire ici un rapprochement avec le cas extrême du régime de l’apartheid, durant lequel la ségrégation raciale avait – a priori paradoxalement – renforcé les solidarités entre Noirs. La question qui se pose maintenant est celle du maintien des réseaux solidaires, une fois la ségrégation spatiale abolie. De manière similaire, il existe aussi une capacité certaine de construire des relations sociales dans les espaces que sont les camps de refugiés ; mais là encore, ces réseaux sont menacés par ceux-là même en charge de la protection des réfugiés, c’est-à-dire les agences internationales et/ou humanitaires. En effet, le statut administratif des réfugiés ne leur permet pas de s’installer de manière formelle et à long terme dans les espaces d’accueil. Ainsi, ces individus doivent vivre des années dans des conditions temporaires et se retrouvent délogés, expulsés, déplacés dès qu’ils cherchent à se construire une vie à plein titre. Le fait d’avoir des documents, des « papiers », donc des autorisations formelles est-il suffisant à décider de la possibilité des cristallisations des relations dans un espace solide, bâti, bref, dans une ville ? Bien trop souvent ces questions sont évitées par les pouvoirs publics, qui d’ailleurs profitent de l’absence de débat collectif démocratique autour des destinées de ces individus. Ceci est une conséquence du manque de visibilité de ces espaces. Cette invisibilité dans l’imaginaire collectif a des conséquences importantes, dans d’autres cas également : ainsi les pauvres de Los Angeles frappés par des catastrophes naturelles verront leur malchance ignorée par les autorités, qui au contraire se donneront tout les moyens pour répondre efficacement aux dangers posés par les incendies de Malibu. Ceci en raison de l’idée commune selon laquelle les pauvres habitent des espaces naturellement exposés aux risques, tandis que la zone de Malibu serait attaquée par des incendies de pyromanes. Or en réalité, il se trouve que c’est le contraire.

Ces représentations jouent beaucoup sur la peur des individus, et peuvent aussi conduire des couches sociales entières à se réfugier dans des espaces « protégés », pour ne pas dire « coupés » du reste de la ville. Naissent ainsi les « gated communities », lieux résidentiels dans lesquels les habitants confient leur liberté et leur sécurité à des murs et des gardes, tout en acceptant de renoncer à circuler librement et partout en ville.

L’interprétation de ce qui se passe dans ces espaces est souvent peu crédible en raison des préjugés qui surchargent la conception des représentations collectives ou en raison du manque d’informations disponibles. L’incapacité de lire ces espaces dans leur dynamique factuelle et symbolique les rend particulièrement importants à observer et analyser avec attention, car ils sont de véritables condensés des enjeux urbains.

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